Poppy - I Disagree

On le sentait pointer depuis déjà quelques années, la musique populaire dans son autophagie nostalgique était en train de lorgner sur le métal grand public des années 90. Des doses de guitares nu-metal, ainsi que des échos de l'industriel à la Marilyn Manson et à la Nine Inch Nails, étaient ajoutés peu à peu aux chansons les plus sucrées.

Premier album totalement réussi à tenter cette fusion pas si improbable, I Disagree pourrait rester jusqu'à la fin de l'année la plus belle définition sonore de 2020. C'est aussi léger qu'inquiétant, aussi violent que charmant. Par-delà le kitsch, au-delà du bon et du mauvais goût, on y entend, en résumé, toute l'histoire de la pop, des années 60 aux années 2020.

Pour preuve, le tout premier morceau de l'album, l'hallucinant Concrete, qui zappe à toute vitesse et dans tous les sens. Lorsque surgit le son, immédiatement identifiable, de la guitare de Brian May de Queen (ce n'est pas lui), on sait qu'on a franchit une nouvelle frontière. Ce n'est pas le "monogenre", ou alors une forme moins fade du fameux "monogenre". Le monogenre façon Poppy s'ébat sur les terres du rock et du métal.

Cela ne sera pas du goût de tout le monde, bien évidemment, et ce n'est certainement pas le but. Poppy est une étrange créature qui n'aurait pu être qu'un clone de Grimes conçu en laboratoire. Elle ne cesse d'affirmer son indépendance, son originalité, son libre arbitre.

Les refrains sont parfois aussi délirants que touchants ("Enterrez-moi dans du béton, transformez-moi en rue") ou des litanies à l'actualité étonnantes ("Don't go outside", "Quand tout brûlera, jusqu'au raz du sol, nous serons à l'abri").

C'est très bruyant, et aussi parfois très délicat, avec le potentiomètre qui passe de 1 à 10 d'une seconde à l'autre. Ce qui rend l'ensemble follement accrocheur ce sont, bien sûr, les mélodies, innombrables. Même lorsque la musique est au bord de l'insupportable (BLOODMONEY), le dosage entre mélodies et agressions est préservé.

L'album se conclut par le superbe Don't Go Outside, ballade épique, sorte d'apothéose du numéro d'équilibriste entre ridicule et émotion. La dernière partie, après un solo de guitare grandiloquent, reprend et entremêle les principales mélodies de l'album pour un résultat assez magnifique.

I Disagree est du niveau des albums pop qui définissent une année, comme ont pu l'être les dernières oeuvres de Lana Del Rey ou de Lorde, par exemple. Ne passez pas à côté. Vous n'allez pas forcément accrocher, ne m'en voulez pas, mais au moins vous ne pourrez pas dire que vous ne connaissez pas Poppy.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
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